Toutes les actualités Bâtiment & Construction

Dans l’Ain, le bois bleu des épicéas scolytés gagne les chantiers

Coloré par un champignon transporté sous l’écorce lors de l’attaque du scolyte, le bois bleu conserve, après sciage et stabilisation, ses propriétés structurelles selon les professionnels de la filière. Disponible en quantité et vendu moins cher, il peut trouver sa place dans les ossatures, les planchers, les aménagements visibles ou les objets tournés, sous réserve de contrôles adaptés.

Illustration du métier de Charpentier
Partager

Le salon des maires de l’Ain, organisé le 9 octobre 2026 à Bourg-en-Bresse, a donné une place particulière aux partenaires des collectivités, notamment aux secteurs de la construction et du bois. Les professionnels de la forêt y ont défendu une ressource locale encore parfois écartée pour son apparence : l’épicéa bleui après une attaque de scolyte.

Le sujet pèse lourd dans le département. Jusqu’à 80 % des bois récoltés dans les forêts de l’Ain au cours des deux années précédentes auraient été touchés par cet insecte. Les volumes concernés arrivent donc en quantité sur le marché et se vendent un peu moins cher que les bois non colorés. Le stock devrait rester important pendant plusieurs années, tandis que les épicéas atteints sont progressivement remplacés par des essences présentées comme moins sensibles au scolyte.

Pourquoi certains épicéas deviennent-ils bleus ?

Le scolyte creuse l’écorce de l’épicéa et peut transporter un champignon jusque dans l’aubier, la partie périphérique du bois. C’est la présence de ce champignon qui provoque une coloration bleutée, plus ou moins visible selon les pièces. Le « bois bleu » n’est donc pas une essence distincte : il s’agit toujours d’épicéa.

Cette teinte inhabituelle ne signifie pas, à elle seule, que le bois a perdu ses capacités techniques. Anthony Auffret, directeur de l’agence Ain Loire Rhône de l’Office national des forêts, affirme qu’après sciage et stabilisation, la coloration ne diminue pas les qualités techniques et technologiques du matériau. Il appelle les maîtres d’ouvrage publics comme privés à ne pas l’écarter d’emblée. Attendre trop longtemps risquerait, selon lui, de faire perdre de la valeur à une partie du stock disponible.

La couleur ne constitue toutefois ni une garantie de qualité ni un diagnostic complet. Chaque pièce doit être examinée en fonction de sa destination. Un élément porteur, une planche d’habillage et une ébauche destinée au tournage ne subissent pas les mêmes contraintes. L’aspect visuel est un critère parmi d’autres.

Résistance, humidité, état sanitaire : trois contrôles distincts

Avant la mise en œuvre, le premier enjeu consiste à distinguer la coloration de l’état réel du bois. Les professionnels doivent vérifier que les pièces conviennent à l’usage prévu, en particulier lorsqu’elles sont destinées à une ossature, une poutre ou un plancher. La résistance ne peut pas être déduite de la seule présence — ou absence — de marques bleues.

L’humidité demande également une mesure adaptée. Le bois doit avoir été correctement scié et stabilisé avant sa pose. Ce contrôle permet au professionnel d’apprécier son état au moment de l’usinage ou de la mise en œuvre, indépendamment de sa couleur.

Enfin, l’examen sanitaire sert à repérer les pièces qui présentent des défauts ou une altération ne permettant pas leur utilisation. Il ne s’agit pas de rejeter tout un lot parce qu’il est bleui, mais de trier les éléments selon leur état et leur future fonction. Avant de valider une commande, quelques points peuvent être consignés avec l’entreprise :

  • l’origine et l’identification du lot de bois ;
  • la destination de chaque pièce, porteuse, habillée ou laissée visible ;
  • la vérification de la résistance pour les éléments structurels ;
  • la mesure de l’humidité avant la mise en œuvre ;
  • le repérage des fissures, déformations ou altérations visibles ;
  • l’aspect attendu après sciage, rabotage et finition.

Cette sélection permet d’affecter chaque pièce au bon endroit plutôt que d’opposer, en bloc, bois coloré et bois non coloré.

Des poutres en bois bleui à la médiathèque de Vonnas

La nouvelle médiathèque de Vonnas offre un exemple concret de cette démarche. Du bois bleui a été employé dans le bâtiment, notamment pour des poutres. Sandra Perret, responsable de projet pour la mairie, indique que la collectivité a accepté ce matériau après avoir reçu de l’entreprise l’assurance qu’il ne provoquerait pas de désagrément ultérieur.

Depuis la construction, la coloration de certains éléments s’est atténuée. La mairie souhaite désormais que cette réalisation puisse servir d’exemple à d’autres collectivités. Le bâtiment montre surtout que la teinte peut être assumée dans des parties visibles, et pas seulement dissimulée derrière un habillage.

Pour un projet structurel, le charpentier dans l’Ain intervient précisément à cette étape : il rapproche les caractéristiques du lot des besoins du bâtiment. Dans une construction d’ossature bois en Rhône-Alpes, certaines pièces peuvent rester visibles, tandis que d’autres prennent place dans la structure ou dans des planchers ensuite habillés.

L’architecte Étienne Mégard indique employer davantage ce bois local dans ces différentes configurations. Il observe aussi que certains clients préfèrent valoriser les ressources du territoire plutôt que de choisir des bois blancs importés du nord de l’Europe.

Menuiserie et tournage : composer avec la teinte

Lorsque le bois n’est pas destiné à porter une structure, sa coloration peut devenir une composante du projet. En menuiserie, les nuances bleutées peuvent être conservées sur des éléments visibles ou intégrées à un aménagement. Le choix des faces, l’association des planches et le rendu final doivent alors être discutés avant la fabrication.

Pour une fabrication de menuiseries sur mesure dans l’Ain, le tri reste indispensable. Le menuisier examine l’état des planches, leur humidité et leur aptitude à l’usinage, puis organise leur emploi selon les parties visibles ou recouvertes. Un échantillon permet aussi de s’accorder sur l’apparence recherchée sans confondre variation esthétique et défaut technique.

Le tournage offre une autre possibilité de valorisation, à plus petite échelle. Des morceaux qui ne correspondent pas aux dimensions d’une poutre ou d’un aménagement peuvent être examinés pour devenir des pièces tournées. Là encore, la couleur ne suffit pas : le tourneur sur bois dans l’Ain doit sélectionner une ébauche dont l’état permet le travail prévu.

La teinte bleue peut alors participer au dessin de l’objet, à condition que la pièce soit suffisamment saine et stable. Cette approche ouvre un débouché complémentaire, sans transformer automatiquement chaque chute en matériau utilisable.

Choisir le bois selon sa fonction, pas seulement selon sa couleur

Faut-il montrer les marques bleues ou les réserver aux parties cachées ? La réponse dépend du projet. Une ossature réclame d’abord des pièces adaptées à leur rôle structurel. Une menuiserie visible demande aussi un accord sur le rendu. En tournage, chaque ébauche est choisie individuellement. Dans tous les cas, le professionnel compétent doit rapprocher l’état du bois de son usage réel.

Le bois bleui représente ainsi une ressource disponible, locale et moins chère, mais il ne se met pas en œuvre sans examen. Les contrôles de résistance, d’humidité et d’état sanitaire permettent de dépasser le seul jugement visuel. Ils rendent possible un tri raisonné : conserver les pièces adaptées, les orienter vers le bon usage et écarter celles qui ne conviennent pas.

Écrit parLa rédaction de La Fabrique des Artisans

Des contenus pratiques pour accompagner particuliers et professionnels dans leurs projets. Contacter la rédaction.