Dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 octobre 2026, une cyberattaque a perturbé les installations frigorifiques connectées de plusieurs enseignes françaises. Des équipements de magasins U, Intermarché, Netto, E.Leclerc et Monoprix sont passés en mode dégivrage. Selon le groupe Les Mousquetaires, la consigne a alors été portée à 50 °C.
Dans les Pays de la Loire, des perturbations ont été constatées à l’E.Leclerc Atlantis de Saint-Herblain, à l’E.Leclerc de Saint-Brévin ainsi que dans les Super U de Saint-Sylvain-d’Anjou et de Saint-Sébastien-sur-Loire. Des rayons ont été fermés ou vidés, les produits frais et surgelés concernés étant retirés pour protéger les consommateurs.
À Saint-Sébastien-sur-Loire, l’alarme a retenti vers 5 heures, alors que des salariés étaient déjà présents. Leur intervention rapide n’a pas empêché la fermeture, le 12 octobre, du rayon des surgelés et de celui des pâtisseries fraîches. À Saint-Sylvain-d’Anjou, les produits exposés ont été enlevés avant le réapprovisionnement. Le parquet de Paris a ouvert une enquête.
La consigne de 50 °C ne dit pas tout de l’incident
Une consigne de dégivrage réglée à 50 °C est un signal d’alerte majeur, mais elle ne correspond pas nécessairement à la température atteinte par chaque aliment. Elle décrit d’abord un ordre envoyé à l’équipement. Pour connaître les conséquences réelles, il faut reconstituer la chronologie : heure du basculement, durée du cycle, évolution de la température dans le meuble, déclenchement des alarmes et moment du retour au froid.
Cette distinction ne permet pas pour autant de remettre les marchandises en rayon sans contrôle. Dès que la durée d’exposition reste incertaine, que les relevés présentent des incohérences ou que le maintien en température ne peut plus être établi, les lots concernés doivent être isolés. Les magasins touchés ont ainsi retiré les denrées exposées à une rupture de la chaîne du froid et détruit celles devenues impropres à la consommation.
À l’échelle nationale, au moins 300 magasins Intermarché ou Netto ont été concernés, ainsi que moins de 100 magasins de la Coopérative U et environ 30 Monoprix. Plusieurs E.Leclerc ont également été affectés, sans total précisé. Aucun vol de données n’a été signalé.
Contrôler le froid avant de remplir de nouveau les meubles
Rétablir la bonne consigne sur un écran ne suffit pas. Après une commande malveillante, le technicien doit vérifier que l’automate exécute correctement les ordres et que l’ensemble de la chaîne frigorifique fonctionne sans anomalie. La lecture des alarmes et des historiques précède donc un examen physique de chaque équipement touché.
Un frigoriste en Loire-Atlantique peut notamment effectuer les contrôles suivants :
- comparer les températures indiquées par les sondes avec des mesures réalisées directement dans les différentes zones du meuble ;
- vérifier le fonctionnement des compresseurs, des ventilateurs, des évaporateurs et des organes de dégivrage ;
- rechercher du givre anormal, une accumulation d’eau ou des écoulements inhabituels ;
- contrôler les électrovannes, la régulation de chaque zone et la circulation de l’air ;
- tester les alarmes locales et leur transmission vers le dispositif de supervision ;
- observer la stabilité de la température sur un cycle complet avant tout retour des marchandises.
Cette maintenance de systèmes frigorifiques doit associer le diagnostic de la régulation à la vérification mécanique. Un meuble peut retrouver rapidement une apparence de fonctionnement normal, puis redevenir instable au cycle de dégivrage suivant. C’est pourquoi le redémarrage s’effectue d’abord à vide, le temps d’observer la descente en température et la reprise du froid après dégivrage.
Les automatismes et les accès distants à examiner
L’incident ne concerne pas seulement la production de froid. Les commandes électroniques, les communications et les accès aux équipements doivent également être examinés. Les Mousquetaires ont indiqué que Danfoss, fournisseur d’équipements frigorifiques victime de l’attaque, gérait la situation. Danfoss a déclaré que la plupart des installations touchées étaient anciennes et n’avaient pas été mises à jour.
Sur place, l’électronicien peut rechercher une modification anormale des paramètres, une perte de communication, un programme incohérent ou une carte qui ne répond plus correctement. Les relais de sortie, les alimentations, les interfaces réseau et les liaisons entre les sondes, l’automate et la supervision font partie des points à tester. L’intervention d’un électronicien en Loire-Atlantique complète alors celle du frigoriste.
Avant toute reconnexion, les réglages présents doivent être relevés et les journaux d’événements conservés. Multiplier les redémarrages ou effacer les historiques compliquerait le diagnostic. Les alarmes peuvent ensuite être testées de manière contrôlée, à la fois sur place et au niveau de la supervision, afin de s’assurer qu’un nouveau dépassement sera bien détecté.
Réapprovisionner seulement après une phase d’observation
Peut-on remplir une vitrine dès que son afficheur revient à une valeur normale ? Non, car une mesure ponctuelle ne renseigne pas sur la stabilité de l’installation. Une zone proche de l’évaporateur peut être froide alors qu’une autre partie du meuble ne l’est pas suffisamment. Les mesures doivent donc couvrir plusieurs points et suivre le comportement de l’équipement dans la durée.
Le cycle de dégivrage suivant constitue une étape importante. Il permet de vérifier que le chauffage s’arrête comme prévu, que le froid reprend et qu’aucun ordre parasite ne réapparaît. Une fois ce fonctionnement stabilisé, le réapprovisionnement peut être progressif, sans gêner la circulation de l’air. Les courbes de température et les alarmes restent alors sous surveillance rapprochée.
La Coopérative U a indiqué que ses équipes travaillaient avec les frigoristes au rétablissement des installations. E.Leclerc a, de son côté, engagé une évaluation de la situation avec le fournisseur. Pour les commerces concernés dans la région, le recours à un frigoriste en Pays de la Loire permet d’associer le contrôle sur site à l’analyse des systèmes de régulation.
Écarter les denrées dont la conservation n’est plus garantie
Le tri des produits dépend de leur exposition réelle et de la fiabilité des relevés. Un emballage intact, une boîte encore fraîche au toucher ou une apparence normale ne prouvent pas que la chaîne du froid a été maintenue. L’odeur et l’aspect ne suffisent pas davantage à valider le retour d’une denrée dans le circuit commercial.
Les équipes doivent rapprocher l’heure de l’alarme, l’historique des températures, la durée de l’incident et les constats réalisés dans chaque meuble. Les surgelés présentant des signes de décongélation, les produits frais exposés à une température non maîtrisée et les marchandises dont les conditions de conservation ne peuvent plus être établies restent séparés du stock destiné à la vente.
L’identification par meuble et par lot évite de mélanger les produits contrôlés avec ceux qui ont été exposés. En cas d’alarme répétée, de consigne changeant seule ou de température instable, la priorité reste la même : protéger les denrées, laisser l’équipement hors stockage et conserver les éléments utiles au diagnostic jusqu’au rétablissement complet de l’installation.



