Regarder un pâté en croûte comme on regarderait un bijou ou un vitrail : c’est le parti pris qui a valu à Magali Butny d’être récompensée au concours national Immersion/s 2026. La photographe professionnelle, installée à Pierreclos, en Saône-et-Loire, est lauréate dans la catégorie « Métiers de bouche et alimentation ».
Son image a pour sujet un pâté en croûte réalisé par Jérôme Bourcet, charcutier-traiteur titulaire du titre de Meilleur Ouvrier de France. L’aliment n’est pas simplement présenté pour ouvrir l’appétit. Il est traité comme une création à part entière, avec ses couleurs, ses textures et ses jeux de transparence. La photographie met ainsi en regard deux savoir-faire : celui de l’artisan qui conçoit le produit et celui de la professionnelle chargée de le révéler.
Un pâté en croûte photographié comme un objet précieux
Pour construire son image, Magali Butny explique avoir écarté les codes d’une simple présentation alimentaire. Elle a envisagé le pâté en croûte comme un objet artistique, proche d’un bijou ou d’un vitrail. Cette intention a guidé son travail sur la lumière, les couleurs, les matières et, plus particulièrement, la transparence de la gélatine.
Ce regard transforme la perception du produit. La lumière ne sert pas uniquement à l’éclairer : elle attire l’attention sur ses reliefs et sur les différences de texture. La couleur devient un élément de composition, tandis que la gélatine, grâce à sa transparence, participe au jeu visuel recherché par la photographe.
Le pâté en croûte reste pourtant au centre de l’image. La mise en scène ne cherche pas à le faire disparaître derrière un décor ou un effet spectaculaire. Elle vise au contraire à rendre perceptible le travail de Jérôme Bourcet. C’est précisément cet équilibre qui donne sa force au projet : le produit est magnifié, mais son identité demeure lisible.
La photographie révèle le geste du charcutier-traiteur
Une spécialité artisanale porte en elle une succession de choix et de gestes. Dans cette photographie, leur présence passe par la matière elle-même. Les textures, les couleurs et la transparence deviennent autant de moyens de montrer ce que le regard pourrait négliger lors d’une observation trop rapide.
La démarche de Magali Butny rejoint ainsi le travail de boucher-charcutier. L’un façonne le produit ; l’autre choisit comment en rendre visibles la précision et la personnalité. Le titre de Meilleur Ouvrier de France détenu par Jérôme Bourcet donne également une résonance particulière à cette rencontre entre photographie culinaire et préparation de charcuteries artisanales.
L’image primée ne raconte donc pas seulement un résultat. Elle attire l’œil sur le savoir-faire contenu dans la pièce photographiée. Le pâté en croûte y est considéré comme une réalisation digne d’être observée pour elle-même, au même titre qu’un objet travaillé pour ses lignes, ses nuances et ses matières.
De la pratique du portrait à la photographie culinaire
Âgée de 56 ans, Magali Butny exerce comme photographe professionnelle depuis sept ans à Pierreclos. Son parcours ne s’est pas construit d’emblée autour de la cuisine. Elle a notamment travaillé comme infirmière, puis comme portraitiste. En 2023, elle avait obtenu le prix Portraitiste de France Honneur.
Elle pratique la photographie culinaire depuis deux ans. Ce nouveau domaine lui offre, dit-elle, davantage de liberté de mise en scène que le portrait. Elle peut organiser la composition autour du produit et chercher la lumière qui traduira au mieux les matières qu’elle souhaite mettre en valeur.
Cette liberté ne signifie pas que le sujet devient secondaire. Au contraire, la composition doit rester liée à ce que l’artisan a créé. Dans le cas du pâté en croûte de Jérôme Bourcet, chaque choix visuel répond à une caractéristique réelle du produit : ses couleurs, ses textures ou la transparence de sa gélatine. La créativité photographique sert alors de trait d’union entre l’objet et le regard.
Le prix obtenu face à environ 5 000 autres candidats annoncés pour le concours distingue cette approche. Il prolonge aussi un parcours déjà reconnu dans le portrait, tout en confirmant la place prise par la photographie culinaire dans le travail de Magali Butny.
Mettre un produit en scène sans le dénaturer
Pour un artisan des métiers de bouche, faire photographier une création suppose d’abord de savoir ce que l’image doit montrer. Est-ce la matière, la couleur, la forme générale ou un détail particulier ? La photographie primée apporte une réponse claire : plusieurs dimensions peuvent cohabiter, à condition qu’elles convergent vers le produit.
Le dialogue avec un photographe permet alors de relier le savoir-faire à sa représentation. Sans imposer une recette unique, la démarche de Magali Butny fait ressortir quelques points utiles pour préparer une photographie de produits :
- identifier la caractéristique essentielle de la création, celle qui doit retenir le regard dès la première lecture ;
- choisir une lumière adaptée aux volumes, aux couleurs et aux éventuels effets de transparence ;
- préserver les textures réelles, sans les uniformiser ni leur faire perdre leur caractère ;
- construire la mise en scène autour du produit, afin que la composition valorise le travail artisanal au lieu de le masquer.
Dans l’image récompensée, ces éléments participent d’une même intention. La lumière révèle, la couleur structure et la transparence apporte une profondeur particulière. Rien ne détourne le propos de départ : montrer le pâté en croûte comme le résultat d’un geste maîtrisé.
Des images authentiques face à l’uniformisation
Magali Butny souhaite produire des photographies authentiques, capables de se distinguer de visuels qu’elle estime de plus en plus uniformisés par l’intelligence artificielle. Pour elle, cette singularité naît du contact avec une création réelle et du regard porté sur ses caractéristiques propres.
Son travail avec le pâté en croûte de Jérôme Bourcet illustre cette recherche. L’image ne repose pas sur une représentation générique de la gastronomie ou de l’artisanat. Elle part d’un produit précis, créé par un charcutier-traiteur identifié, puis s’attache à ce qui le rend visuellement remarquable.
La récompense obtenue au concours Immersion/s 2026 consacre ainsi plus qu’une photographie séduisante. Elle souligne la capacité d’une mise en image à rendre justice au geste artisanal. À Pierreclos, le pâté en croûte est devenu, le temps d’une prise de vue, une pièce à contempler — sans jamais cesser d’être l’œuvre d’un professionnel des métiers de bouche.



